Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Tout sur le cinéma européen, parce que lui aussi est intéressant.
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Goldanus
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Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Goldanus » jeu. 18 nov. 2021 14:03

Petit topic brutal sur le polar anglais, j'interdirais bien de parler de Guy Ritchie mais bon, on est encore en démocratie donc vous faites comme chez vous, si vous voulez grand remplacer le topic avec du polar anglais 00's faites vous plaisir :nonon:

Sitting Target de Douglas Hickox (1972)

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Polar complétement amorale sortie en 73, le film d’Hickox (le père du fils) colle au basque d’une bombe à retardement ultra-violente, un prisonnier qui se fait la belle pour aller buter la femme qu’il aime qui l’a fait cocu en tombant en cloque pendant son séjour. Flanqué de son associé, il va en tarter des bouches pour parvenir à ses fins.

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Déjà dans le rôle titre Oliver Reed est hallucinant. C'est simple on dirait un ogre, une boule de nerf qui te pète à la gueule sans prévenir(c'est salaud). Il est dans quasiment toutes les scènes et l'équilibre entre empathie et rejet que provoque le personnage lui doit beaucoup, on suit quand même un mec qui veux défenestrer sa copine enceinte, et qui est prêt à buter un paquet de monde (de la pègre comme de la police, pas de distinction) pour y arriver
Shooté dans un style super sec mais néanmoins assez stylisé (il y a une belle imagerie cauchemardesque sur certains passages, tu as quelques éclaires de tendresses assez déstabilisantes aussi, surtout dans le cadre d’une scène de viol), le film prend pour cadre des tours HLM aux abords des chemins de fer, t’as un aspect petit fait divers, c’est sale et on a pas à faire à des lumières mais à des hommes qui n’agissent que par l’instinct, de façon assez sauvage (voir la scène où ils braquent l’armurier de la pègre)

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Du générique d’ouverture sur son personnage en train de se buter aux pompes dans sa cellule, jusqu’à la scène du parloir ou sa fureur éclate de façon ultra-flippante, le perso de Reed est filmé comme une bête en cage. Dès le début il n’est caractérisé que par sa force et sa folie destructrice. Voir la scène complétement halluciné ou il transforme une cour d'immeuble en véritable fournaise.
La scène du bain assez étrange, laisse entrevoir les fêlures de ce personnage en un seul geste. Ce geste m’a totalement cueilli, on sent l’âme en peine, la bête baisser sa garde pour pleurer. Le film alterne donc le chaud et le froid, c'est déstabilisant mais c'est carrément payant lorsqu'il s'agit de donner des textures à ses personnages qui resteront irrécupérable sans pour autant les rendre inhumain malgré les sursauts de bestialité. A côté de cet aspect étrange tu as tout le coté physique de la mise en image aussi, ou la fureur du personnage éclate en grand angle le rendant plus impressionnant, Reed qui se donne physiquement à fond aussi (y a deux, trois passages ou me suis demandé comment ils avaient tourné les scènes tellement tu vois que les mecs en chie, d’un truc anodin comme une chute sur le macadam jusqu’à traverser les barbelé, l’aspect physique et inconfortable de cette mise en image décalque bien comme il faut)

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Magnifiquement mis en scène (la loongue scène du parloir) La Cible Hurlante c'est l’odyssée de la cuvette des chiottes, c'est un polar rosbif au style sec mais néanmoins imagé qui trace à 100 à l’heure, partant d’un postulat simple, le film ne déviera jamais de sa route, transcendant la vulgarité de ces deux perso principaux pour réussir à les rendre attachants tout en entretenant leur aspect menaçant et en restant totalement amorale.

C'est beau, physique, halluciné, noir de chez noir et complétement infréquentable, une histoire anecdotique et un enjeux trivial qui débouche sur une uppercut santiep complétement apocalyptique : Une bombe !

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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Somewhat » jeu. 18 nov. 2021 14:21

Je ne connaissais pas du tout ce film, merci ! ;)

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Goldanus
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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Goldanus » jeu. 18 nov. 2021 15:00

Yes, c'est du gros underrated. Et le film est (oh miracle!) visible sur TCM sous son nom francais, La Cible Hurlante (merci à eux :amen: )
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Lionel Roudoudou
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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Lionel Roudoudou » jeu. 18 nov. 2021 17:04

Topic qui promet d'être une masterclass continuelle. Merci d'avance. :super:

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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par feroner » jeu. 18 nov. 2021 19:34

Très bonne idée ce topic surtout que dans le genre j'ai pas vu grand chose. Sur canalsat t'as un choix de film incroyable c'est pas netflix.
The Offence de Sidney Lumet avec King Sean Connery j'adore mais tu dois connaitre.
Les Forban de la nuit (1950) de Jules Dassin (le père de Joe) j'avais bien aimé aussi avec Rchard Widmark (Une des meilleur acteur de Western).
Mais bon c'est réalisé par des Ricains ces deux films.

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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Goldanus » sam. 20 nov. 2021 14:52

J'ai juste vu l'ouverture du Lumet qui m'a fait zizir (d'autant plus que ca tranche complétement avec ce que je connais du style Lumet, j'avoue ne pas être un fan) et je connais le film de Dassin que de nom (il est dans mon dossier "noire" mais jamais vu).
Et merci pour les retours! Il manquera quand même un mec comme Profondo Rosso qui te sortait des films obscures de nulle part, je n'aurais qu'une petite poignée de pépites a vous proposer malheureusement. Le topic sur mad (avec celui du Polar Urbain cainri) c'était quand même une superbe Bible.
Bon, du coup... Next.

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The Squeeze (1977) de Michael Apted
Un gros ramassis de saloperies assez violent et déviant emballé à la cool ? Mais ? Mais moi je dis OUI !
Ancien détective à Scotland Yard Naboth fait l'épave à plein temps. Sa sale habitude de lever le coude lui a d'ailleurs couté sa place de keuf.
Introduit via une scène mémorable ou complétement ivre il s'ouvre le crane en se cassant la gueule comme une merde en montant les escaliers du métro, le ton est donné : ça va pas être glorieux.
Il devra pourtant tenter de reprendre ses réflexes de détective pour retrouver son ex-femme et sa fille qui se sont fait kidnappées par une bande de marlous sauvages et sans pitiés, tenter de remonter la filière et déterrer le gros bonnet qui se cache derrière cette bande de gagne-petit imprévisibles qui carburent à la bière.

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Porté par une cadre super évocateur (sales quartiers de Liverpool dans les 70's...what else?) ce petit polar anglais complétement déviant peu désarçonner par son extrême sadisme inhérent à un certain cinéma d’exploitation qui carbure à l'urgence et la gestion des enjeux "à la cool" qui tranche avec l'aspect "pressé" de la situation.
J'ai bien savouré le coté sordide et « fais divers » de son histoire et la dimension ras-la-poubellesque de la caractérisation : humilié et rabaissé pendant tout le film on se retrouve avec un branleur totalement détaché des choses et qui tète à s'en péter le foie en héro, des minables psychotiques en caïd de la pègre ou même le ponte qui évolue dans les hautes sphère a un pète au casque, rapport au sadisme (voir son regard s’illuminer comme un gamin lorsqu'il met la main à la patte en butant un keuf à bout pourtant au fusil de chasse "wouwou t'as vu ce que je viens de faire?"). Bref, c'est pas des barons, y a des victimes qui morflent, et pas qu'un peu, le tout se déroule dans un cadre sordide, morne et déprimant à dominante gris et rouge… ça sent bien le rosbif en sueur usé par le zinc et les rouflaquettes quoi.

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Ya quand même des trucs franchement inspirés, comme le mood globale du film qui mime un peu l'état éthylique permanent de son perso et, sortie d'une scène, la gestion de son alcoolisme est assez juste. S'pas lourd ni moralo, ça se cale sur l'ambiance générale relayé par un rythme tranquille et une mise en image assez pépère de certaines séquences (voir la scène où il rentre par effraction et sa résolution tout sauf glorieuse pour notre "héro"), tout ça donne une énergie étrange au film comme si Cassavetes tapait dans le hard-boiled (ici la rea typé documentaire se marie à une imagerie urbaine assez sèche et imagé lors des éclairs de violences, rapport à la partie exploitation du film)...on va dire que "rythme à la cool : oui" mais c'est pas comme si ça ralentissait un tgv non plus (et pour le coups la scène d'ouverture est une note d'intention sur toute la dimension anecdotique de la chose).
Mais alors comment tout le film penche vers le sordide et le minable, un coté "fuck you" générale filmé à l'arrache dans des rues grouillantes, c'est totalement jubilatoire.

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Et honnêtement le traitement de Naboth (impeccable… que dis-je, impérial Stacy Keach), est vraiment juste dans sa déchéance à la cool dans les quartiers noirs, le début ou il se ramasse dans les escaliers, lorsqu'il retourne à la maison, il est direct attachant, son sevrage n'en fait pas trop... et l'apport de Keach au rôle : une masse avec des yeux de chien battu à moitié ahurie et son traitement dans le cadre d'un polar limite comic book dans sa radicalité et son absence de morale. David Hemmings est pas mal non plus en dicsa santiep. Il a un paquet de scènes tordus et limites avec l’otage. Il est d’ailleurs un peu dommage que ces scènes de captivités (ultra-malsaine, un film pareil de nos jours "cépapossible") alourdissent un rythme qui tenait pourtant bien malgré le parti pris éthylique du film. En tout cas voilà un film qui détonne dans la filmo assez sage et mainstream d'Apted.
Ya le vrai sens du pathétique et du dérisoire british, cette façon de sentir fort des aisselle, cette manie d'embrasser à pleine bouche le pathétique de son histoire. Ça sent les poubelles, les pubs enfumés coupe-gorge, la racaille, l'alcool et ça reste quand même assez rigolard tout en entretenant bien les coups de CP...hum, mais comment le dire?
J'ai kiffé!

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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Goldanus » lun. 22 nov. 2021 18:12

Villain de Michael Tuchner 1972

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Villain (Salaud ! en cefran) suit les mésaventures d’un ponte de la pègre londonienne très fortement inspiré de Ronnie Kray, célèbre figure du milieu. Un gangster flick assez traditionnel qui a pour particularité de se concentrer sur la relation sentimentale tordue entre le caïd joué par Richard Burton et un arnaqueur gigolo à la petite semaine joué par Ian McShane.
Le film vaut surtout pour son regard sur le milieu. De cette relation ambiguë et tordue entre le chef de la pègre et son protégé (tordu entre autre car les coups précédent ou suivent le coït) le film n’en fait finalement pas grand-chose la plupart du temps. Sortie de la dernière ligne droite tout cela reste complétement périphérique pendant une grosse partie de la bande. Le gros de la caractérisation de son « héro »renvoi donc aux frères Krays, des préférences sexuelles du parrain, en passant par sa relation intense avec sa mère et son amour pour le rasoir le film ne cache pas son point de départ. Directement introduit dans une scène glaçante le film ne tentera rien pour anoblir ce personnage de chef de gang.
Le récit enchaine de façon nonchalante la préparation d’un gros coup réunissant tout le gratin du crime, le quotidien de son petit copain gigolo qui embobine les filles et se fait harceler par les portes flingues et la police. Il y a quelque chose d’assez intéressant sur le tragique dérisoire de ce gagne petit, éternel paillasson du milieu dans lequel il évolue. A peine il inspire de l’empathie que le film nous balance ses magouilles dégueulasse pour manipuler plus faible que lui.

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Des bas fond au sommet du pouvoir le film fait un panoramique horizontale du milieu qui intriguent de par ses détails sordides qui fouettent le vrai, le ponte d’un gang martyrisé par son ulcère qui rote un son dégueulasse toutes les deux phrases, le traumatisme d’une victime collatéral qui sera pressé comme un citron, et ce braquage à la batte de baseball complétement fou à la sècheresse hallucinante (ce découpage :o )… Cet angle d’attaque anecdotique dépourvu de glamour c’est un peu la marque de fabrique du genre briton. Déroulant la partition du film de gangster de façon tatillonne les choses commenceront quand même un peu à s’envoler sur la dernière bobine, lorsque le héros s’accapare son homme de façon unilatéral tout en précipitant sa chute par excès de confiance et excès de violence.

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Burton joue bien la partition de la brute imprévisible qui flotte au-dessus de son monde et qui laisse s’exprimer dans l’intimité la fureur et la tristesse détraqué d’un enfant apeuré et TRES colérique. Dans l’intime ce besoin d’amour s’exprime souvent par des caresses de phalanges, le danger et le pathétique gravite autour du personnage.

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Considéré comme un classique du genre Villain, bien qu’un peu trop pépère, reste sympatoche. Un film de gangster assez sec, profondément amoral et peu glorieux, donc forcément atypique (comme souvent au pays du baked beans <3 )
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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Cherycok » lun. 22 nov. 2021 20:50

Je me rends compte que j'ai d'énorme lacunes dans le cinéma anglais. J'en ai vu beaucoup, mais des films plus récents (90/2000/2010)

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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Goldanus » lun. 22 nov. 2021 23:05

C'est un peu le but du topic Chery! Dans l'idéal ce sujet sera comme une boussole pour slalomer entre les crachats pour trouver des mégots encore fumables (d'ailleurs si des connaisseurs passent le coin!). J'ai encore une ou deux chroniques de films déjà vu sous le coude (genre get carter... normal), mais moi aussi je partie pour un safari, j'ai une liste précieuse d'une cinquantaine de films à découvrir... et on est pas pressé.
Grace au mouvement de cette fringale de polars brutaux et déprimants je suis en train en ce moment de découvrir une bombe atomique, du coup ce sera la prochaine chronique :fesse:

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TU-ER-IE <3 TUUUERIE :amen:
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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Somewhat » mar. 23 nov. 2021 11:20

Cherycok a écrit :
lun. 22 nov. 2021 20:50
Je me rends compte que j'ai d'énorme lacunes dans le cinéma anglais. J'en ai vu beaucoup, mais des films plus récents (90/2000/2010)
Pareil, c'est cool. :super:
(même si ça va faire encore plein de films en plus dans la liste de visionnage)

Aussi moi pour qui Ian McShane est avant tout Al Swearengen dans Deadwood, cela me fait drôle de le voir jeune.

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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Goldanus » mar. 23 nov. 2021 15:20

Il est très bon en racaille avec sa coupe de Noel Ghallager :D
La même année on l'a vu dans Sitting Target et Villain et cet aspect marlou anglais lui sied à merveille dans les deux^^
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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Goldanus » mer. 24 nov. 2021 15:04

Trois Milliards d'un coup (Robbery - 1967) de Peter Yates

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Flm de braquage choral (mais focus as fuck :o ) Robbery de Paul Yates est une pépite aussi évidente (c’est le postulat le plus basique EVER) que surprenante et maline dans sa construction, dans sa façon de dévoiler le plan par l’action.
Ce traitement d’un truc factuel et très terre à terre, planifié froidement et la gestion du suspense et des surprises rappel forcément la première version de Mission Impossible, lorsque Geller imaginait que son groupe de professionnel étaient des braqueurs. Avant que CBS lu suggère plutôt d’en faire des espions, sur les network on ne badinait pas avec la morale à st’époque.
Le film s’inspire du « casse du siècle », l’attaque d’un train postal reliant Glasgow et Londres ou les braqueurs s ‘étaient emparés d’un butin chiffré à 3 millions de livres.
Le film commence directement par un braquage très sophistiqué. On y découvre un groupe d’hommes TRES préparé qui parlent peu. Cette ouverture est un gros bloc haletant avec à la clé une course poursuite en voiture ou ca fait chauffer la gomme en pleine ville (Robbery ouvrira les portes d’Hollywood à Yates qui réalisera Bullit l’année suivante). Hormis le leader, Le Colonel, et le banquier recruté pour identifier les billets marqués ses silhouettes ne seront jamais caractérisées en dehors de leurs compétences. Ça reste des gueules (et y a de sacrés trognes) concentrés dans ce qu’ils font.
Le film est tellement factuel et focus qu’il n’a aucun problème à masquer sa dizaine d’intervenant derrière de grosses cagoules sur plusieurs bobines.

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Lorsque j’évoquais Mission Impossible, je faisais aussi référence au « plan ». Le film nous fait assister aux préparatifs de l’attaque du train… dès la première scène de braquage. Au terme de cette ouverture tonitruante ou ils y laissent des plumes, on comprend assez rapidement que ce gros braquage va financer un coup beaucoup plus gros, qui demandera beaucoup de compétences et de savoir-faire variés.
Toute la phase de préparation recrutement nous laisse entrevoir un plan TRES ambitieux de par le nombre de participants et la logistique déployé au service d’un plan murement réfléchi et chronométré à la seconde prêt. Tout se dévoile au fur et à mesure, et on comprend que la détermination qui anime les chefs de groupe est solide et que RIEN n’est laissé au hasard (voir la scène ou une des tête hurle sur un de ses hommes qui se mouche « J’AI DIT DE PAS ENLEVER PAS LES GANTS ») . Ils n’hésitent pas à organiser une évasion pour ajouter un rouage nécessaire à leur machinerie bien huilé. Par pure pragmatisme le cerveau ne souhaite pas récupérer le butin par la force et la violence (« pénalement on risque moins qu’avec une attaque à main armé ») et tout le stratagème tourne autour de la manipulation savante. A l’image du premier braquage ou ils n’utilisent qu’une bombonne de gaz anesthésiante et une fausse ambulance.
Complétement focus le film ne nous laissera entrapercevoir les hommes derrière leur fonction qu’à deux reprises (dont une très jolie scène dans un jardin d’enfant ou l’une de ses silhouettes laisse exprimer ses fêlures), tout le reste est tourné sur les préparatifs et sur l’attaque. Il y a aussi le grain de sable policier, avec un inspecteur qui ne lâche rien à leur talon mais qui semble remettre leur plan en cause aussi efficacement qu’une mouche attaquant une vache déterminée à brouter.
On pense à Mission Impossible donc, la série des 60’s, et aussi à du Rififis chez les hommes pour sa partie complétement factuel, et aussi à un proto-heat en beaucoup plus terre à terre.

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Et malgré cette rigueur dans le suivi de l’élaboration du plan le récit nous en garde sous le coude lors de l’attaque, ou des stratagèmes se dévoilent sous nos yeux. En gros, comme pour la série de Geller, la gestion des impondérables de dernière minute et les détails du plan qui se dévoilent pendant l’action, alors qu’on pensais déjà tout savoir, rendent la chose captivante et ludique.
Cette bande de canaille attire forcément la sympathie de par leur capacité d’adaptation, leur culot et leur détermination, même si le film ne fait rien « au-dessus du sol », humainement c’est très à froid.

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Robbery c’est une expérience taiseuse ou on ne l’ouvre pas pour ne rien dire, un heist movie à la construction basique très efficace et au déroulement ingénieux, ou les infos sont savamment balancé par l’action. L’approche factuelle épouse le mouvement général de ce groupe ou chaque geste à un sens, où chaque silhouette a une fonction.
Une putain de grosse découverte qui se hisse sans mal au firmament du genre.
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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Pierru » dim. 2 janv. 2022 00:53

Cool ce topic =)
(in memoriam de celui des PM Entertainment, jadis ailleurs).
Tu nous fera une bafouille sur le Get Carter de Hodges, avec cette caillera cockney de Michael Caine ? Super souvenir de celui-ci, même si ça commence à devenir lointain.

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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Oli » dim. 2 janv. 2022 11:29

Un excellent film britannique que j'ai vu il y a un an ou deux, je crois : HYENA (2014) de Gerard Johnson.

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J'avais beaucoup aimé mais punaise, c'est noir... Ça rigole pas les gangs albanais, à Londres... :shock:

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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Goldanus » jeu. 6 janv. 2022 13:34

Je connais pas du tout! Dans l'idéal je me concentre sur la période 50's/80's... je comptais malgré tout faire une clé de bras à ce principe pour le Face de Antonia Bird du coup je l'ajoute à ma très longue liste. Mais n'hésitez pas à bafouiller aussi!!
Et yes Pierru c'est prévu, même si dans mes souvenirs c'est aussi bon esprit (le perso de Caine, ce cadre <3) que chiant. Faudrait que je le revois.
Là mon taff s'est intensifié pour la fin d'année mais dès que je recharge le juice j'enchaine avec Scum qu'est pas vraiment un polar mais qu'est tellement bon et santiep que ça ferait pas tache avec tout ce qui précède. C'est vraiment le parfais prototype de "matériel prohibé" sur lequel il souffle un vrai gros ouragan insurrectionnel.

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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Goldanus » jeu. 13 janv. 2022 19:08

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Scum est à la base un téléfilm BBC réalisé par Alan Clark sur les maisons de correction. Jugé un peu trop hardcore pour la télé BBC avait décidé de ne pas le diffusé. En réaction Clark a refait l’histoire quasiment à l’identique, pour le cinéma, en modifiant une partie du cast.

Pure film insurrectionnel d’une noirceur abyssale (je pèse mes mots) Scum est un cocktail molotov filmique qui embrase complétement l’institution sondé, et par extension la société tel que nous la connaissons. Les maisons de correction y sont montrées comme un prolongement de notre monde avec le haut de la pyramide qui nous vend Jesus comme le bout du tunnel tout en entretenant un monde impitoyable fait de racisme et de sévices morales, physiques, sexuelles, un purgatoire inhumain pour enfants ou jeune ado où y règne la loi du plus fort.

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Une version hardcore de notre monde ou l’hypocrisie et la froideur des institutions débouche sur une catastrophe humaine et sur une fabrique de bombes à retardements. Un constat sans appel, bien étayé par une série de séquences d’une violence inouïe ou les maisons de corrections sont montré comme des hachoirs à viande avec comme principal fonction broyer les individus sous la botte d’une autorité qui voile sa sauvagerie sous le tissu d’une morale pleine de vertus. C'est littéralement un film sur l'ensauvagement de l'autorité.

Il souffle sur toute cette bande un ouragan insurrectionnel qui donne littéralement envie de fracasser son écran.

Grand habitué des « infréquentables » (cf sa trilogie du Bully « à hauteur d’homme et de phalange » sur les skins néonazi, les hooligans et donc ici, les jeunes délinquants) Clark nous force littéralement à rentrer dans les pompes de ces délinquants que la société honnie en les enfermant entre 4 murs dans l’antichambre des enfers. Viens et vois. Pour info, les faits relatés dans le film font d’autant plus froid dans le dos que les maisons de corrections ont été cimentés en 1982, 3 ans après la sortie du film car ils se sont rendu compte que de jeunes délinquant y rentrait, des psychopathes en puissance en sortait.

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Un Guantanamo pour jeunes racailles qui a terme a saturé les services psychiatriques et les prisons. A ce titre le background de l’apex predator joué par Ray Winstone est « éloquentissime ». Tombé pour un vol dérisoire de quelques shillings le détenu n’arrête pas de prolonger sa peine tant son incapacité à se plier à l’autorité des fils de pute est puissante chez lui. Filmé comme une brique de nerf il se dresse en haut de la pyramide des puissants à coup de boule de billard dans les chicos de ses rivaux et de sandwich de phalange dans la gueule de toute personne se mettant en travers de sa route, pensionnaires leader de gang, noir ou blanc, ou même maton... qu'importe. Un pur produit d’un système qui ne répond à la violence que par la violence. Un enfant transformé en bête au contact de l’institution. Tout le jargon du film « I am your Daddy now », « what’s your tool » dépeint « la correction » comme une guerre tribal de territoire qui sollicite les instincts les plus primitifs. Qui surine qui ? Qui s’écrase et qui survit ? Une vraie usine à Orange Mécanique qui échoue dramatiquement à sa mission pédagogique et à sa fonction sociale. Les maisons de corrections comme une émulation de notre monde dans ce qu’il a de pire, et qui prépares ces enfants au monde du dehors en les abrutissant avec la Bible tout en fermant les yeux sur le racisme qui fractionne complétement ses pensionnaires inadaptés, ou sur le nombreux sévices subit par les enfants pas formés pour l’ultra-violence qui sortiront de leur séjour en charpie. A ce titre il y a au moins trois scènes insupportables dans cette putain de péloche qui marque au fer rouge. Scènes d’autant plus insupportables que les victimes sont des enfants qui semblent complétement abandonnés par le monde du dehors.

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Il y a tout un discours aussi sur le fait de maintenir ses bêtes sous contrôle et de préserver l’ordre des choses, avec la hiérarchie qui choisi et place le chef de meute qui fera régner la loi de la jungle dans l’établissement pour préserver l’ordre des choses.
Clark emballe ça de façon horriblement factuel et froide, avec une vrai rigueur de mise en scène documentaire, en embrassant le monolithisme inamovible de son institution bulddozer avec sa science du cadrage juste, tout en épousant la fièvre animal qui contamine les enfants. Il se positionne complétement en retrait tout en soutenant parfaitement les oscillations de ton et l'aspect primitif des enjeux de territoires

Aussi impitoyable que soit le film il arrive malgré tout à nous faire sourire notamment (et étonnamment!) avec ce racisme qui semble complétement accepté de façon instinctive par tous et qui débouche sur des scènes surréalistes ou tout les minots s’amusent comme dans une affiche Benetton avant de se rendre compte qu’ils se retrouvent bras dessus bras dessous avec des noirs, ou quand un des seuls moment le léger du film se termine en mini-bataille raciale sans prévenir.

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En vrai, le seul vrai trait de lumière de Scum est contenu par le personnage insaisissable du « poète », qui lutte contre ce monde de fils de pute… En marchant pied nu. Un personnage attachant, aussi clairvoyant que tragique qui ouvre une fenêtre sur la raison avec son ultime enjeux mental, son esprit verrouillé et intacte que les institutions ne doivent jamais souiller, « ça ils ne l’auront pas », comme un sursaut d’égo salutaire planqué derrière un regard d’une lucidité et d’une finesse totale sur le monde dans lequel ils évoluent.

Scum est un film tellement fort et puissant… Shapiron a tenté de faire un remake officieux dans les 2000’s sur les prisons pour mineur aux states, Dog Pound. Mais aussi sympathique soit-il le film, ce dernier ne dégage pas 1/10ème de la puissance de l’original qui est un vrai film « dangereux ». Dangereux dans le sens ou il nous met littéralement dans les bottes de paria et nous fait ressentir le dégout d’un monde et de sa sauvagerie.

Les rêves, l’enfance et la vie qui se confrontent à un monstre qui ne saura jamais être aussi efficace dans sa mission que lorsqu’il brise des êtres ou lorsqu’ils fend des boîtes crâniennes sous la fureur des coups.

Un vrai film inflammable qui place l’homme au-dessus des lois divines, des rigoristes catho bien-pensant, des races, de l’état et de sa morale hypocrite. Le fameux dog eat dog aura rarement été aussi brutal. Face à la dernière image glaçante du film, on a vraiment envie de tout casser.
Mais genre, vraiment.

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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Lionel Roudoudou » jeu. 13 janv. 2022 19:40

Merci pour toutes ces reviews, inépuisable source de bonheur. :amen:
De Clarke, je me souviens surtout de Made in Britain, maté jeune ado et qui m'avait tant marqué que je m'en souviens encore fort bien aujourd'hui (alors que je ne l'ai jamais revu). La puissance des grands...

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Goldanus
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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Goldanus » jeu. 13 janv. 2022 19:52

Merci Lionel! Oui, Clarke c'est du brutal... je crois qu'il y a pas d'autres mots. De la brutalité à l'état pure. Pure, genre sans chichi. Zero. Wallou.

Pour les curieux ->
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Cherycok
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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par Cherycok » mar. 18 janv. 2022 08:09

C'est fou, je n'ai jamais entendu parler de ces films O_o

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pti denis
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Re: Guinness Noire, le topic du Polar Rosbif

Message par pti denis » mar. 18 janv. 2022 11:53

Scum est génial!
Kim Chapiron en a fait une sorte de remake-variation avec l'excellent Dog pound.

De Clarke, il y a le The firm avec un Gary Oldman complétement taré, très bon téléfilm sur les Hooligans.

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